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BIM Interview : Ghislain Quenet

Le BIM commence peu à peu à envahir les métiers de la construction. Ce concept s’impose au fur et à mesure comme étant le futur de ces professions et comme une technique qui va révolutionner entièrement l’acte de concevoir mais aussi l’acte de construire. Tous les domaines sont touchés et c’est pour cette raison que le BIM est une révolution majeure, comme le fut (si ce n’est plus) l’apparition de la CAO dans les années 70/80.

Il est donc tout normal pour nous de vous proposer une série d’interviews de professionnels dans ce domaine pour vous permettre de bien comprendre ce concept et sa mise en place. Ghislain Quenet, BIM Coordinator chez Bouygues UK répond à nos questions.

 

Innov2B (I2B) : Pourriez-vous expliquer succinctement à nos lecteurs en quoi consiste le BIM ?
G. Quenet (G.Q.) Pour faire simple : Le but premier du BIM (Building Information Modeling, soit la Modélisation des Informations du Bâtiment) consiste à modéliser en amont un projet de Bâtiment (pour ce qui me concerne) avant que sa construction ait commencé pour anticiper les différents problèmes de conception qui surgissent bien trop souvent sur chantier. Comme chacun le sait, plus on avance dans le temps, plus le bâtiment se construit et plus il est difficile de trouver une solution pour contrer un problème de conception. Souvent, l’argent est de moins en moins disponible et les solutions pour y remédier deviennent de plus en plus onéreuses. L’idée était de partir sur le fait que l’Homme visualise toujours mieux les choses en 3D qu’en 2D. Alors pourquoi ne pas créer un modèle 3D qui serait une parfaite copie de la réalité du projet et où on retrouvait à la fois la structure béton du projet pour la partie ingénierie, l’habillage et l’aménagement pour la partie architecturale et les réseaux divers (électricité, CVC, plomberie, …) pour la partie technique ? En joignant ces différents corps de métiers et la modélisation qui est propre à leur métier, on pourrait alors s’apercevoir de certaines incompatibilités (par exemple, une gaine de ventilation trop haute qui rentre dans une poutre en béton ou encore un chemin de câbles trop bas qui oblige le faux-plafond à être abaissé et empêche d’avoir une hauteur sous-plafond réglementaire).
Et puis, à partir de cette idée d’avoir une maquette 3D qui serait l’exacte copie du projet réel, sont venues plusieurs applications :

  • Pourquoi ne pas renseigner un maximum d’informations sur chaque élément qui constitue la maquette ? On retrouverait à la fois ces propriétés physiques, chimiques, acoustiques, énergétiques, … Ceci est la « Modélisation des Informations ».
  • A partir de ces informations, pourquoi ne pas soumettre la maquette renseignée dans un logiciel de calcul acoustique ? énergétique ? structurel ? Ceci va donc servir la partie « Etudes ».
  • Mais si on a des informations sur les propriétés physiques, chimiques des objets structurels ou si on a des informations sur la durée des éléments techniques et/ou architecturaux qui constituent la maquette, pourquoi ne pas être alerte quand ceux-ci nécessiteront une vérification ? Ceci va donc servir la « maintenance ».
  • Mais vu qu’en 3D on visualise toujours mieux qu’en 2D, pourquoi ne pas créer des animations ou même voyager à l’intérieur de la maquette pour améliorer cette compréhension ? Ceci va donc servir la partie « Communication ».
  • Mais si on a des informations sur les quantités de béton, de ferraillage, des longueurs, des surfaces, des volumes, pourquoi ne pas exporter cette maquette pour en tirer une estimation des coûts ? Ceci va donc servir la partie « Etudes de prix ».
  • Mais si on arrive à anticiper des erreurs de conception, on va donc faire des économies et éviter de faire trop de gaspillage. Ceci va donc servir à la partie « Lean Construction » et la partie « Finances ».

I2B : Dans quelles circonstances avez-vous l’occasion d’utiliser le BIM dans votre travail ?
H.Q. : Je travaille chez Bouygues UK (filiale de Bouygues Bâtiment International implantée au Royaume-Uni) en tant que BIM Coordinator, c’est-à-dire que je m’occupe de coordonner les maquettes BIM. Autrement dit, je reçois les maquettes 3D des différents corps de métiers et je mets en exergues les problèmes de conception majeurs ou dits « prioritaires ») qui peuvent concerner les parties architecturale, technique et/ou structurelle. Lorsque les différents acteurs sont tenus au courant de ces problèmes, ils doivent modifier et actualiser leur modèle en proposant une variante qui doit être validée. Si la solution au problème de conception est considérée recevable, elle est validée et ainsi un problème sur chantier vient d’être évité. Si cette solution est en revanche refusée, une autre doit être trouvée jusqu’à validation et disparition du problème. Ce travail nécessite donc à la fois une réelle capacité de communication avec les différents intervenants mais aussi avec les équipes chantier pour les tenir informées des avancées.

I2B : Pour quelle raison avez-vous intégré le BIM à votre travail quotidien ?
H.Q. : Par ce nouveau processus, le BIM fait apparaître de nouveaux aspects de la construction : une évolution exponentielle de logiciels ultra performants qui permettent un gain de temps impressionnant (on s’éloigne de plus en plus du bon vieux AutoCAD 2D même si celui-ci reste toujours indispensable), de nouvelles technologies (réalité augmentée, réalité virtuelle, implantation des points topographiques automatique, reconstitution du bâti existant par un simple survol de drone et d’une capture vidéo, souris 3D, tables et écrans collaboratifs…), un aspect ludique et une plus-value en terme de communication indéniable.

I2B : Pensez-vous que cet outil a amélioré la productivité ou présenté un quelconque avantage pour la société ?
H.Q. : Bien sûr ! Même s’il faut l’avouer, mettre en place le BIM au sein de sa sociétés, de son équipe n’est pas chose aisée car elle nécessite de revoir totalement les méthodes de travail et d’établir une quantité impressionnante de documents afin que tous les utilisateurs communiquent et travaillent d’une seule et même voix, les plus-values du BIM sont aujourd’hui incontestable. Mais il est indéniable que le BIM a aidé et aide la société à faire des économies de temps et d’argent. Mais le BIM a permis aussi de rapprocher les différents acteurs par le biais des échanges indispensables à la mise en place de ce nouveau processus. Et les premiers retours des différentes entreprises qui utilisent le BIM dans leurs projets vont dans ce sens également.

I2B : Sylvia Pinel a annoncé : « Nous allons progressivement rendre obligatoire la maquette numérique dans les marchés publics de l’Etat en 2017 ». Que pensez-vous de cette obligation ?
H.Q. : Il est toujours important de fixer des “dead line” car sinon, certains en profiteraient pour prendre le temps alors que les choses auraient pu être faites plus rapidement. D’ailleurs, on voit bien que même avec une telle date butoir, toutes les entreprises ne sont pas complètement prêtes et c’est compréhensible car, je le répète, adopter le BIM prend du temps. Il n’y a pas une seule façon de faire du BIM, une seule façon de modéliser, … Il faut que chaque entreprise trouve son identité et juge que la manière dont elle procède correspond à ses méthodes de travail et a sa personnalité. L’idée de commencer par les marchés publics d’Etat peut être une bonne idée car ils concernent toutes sortes de projet et surtout, cela montre que l’Etat sera un moteur dans l’établissement de ce nouveau processus.

Nous remercions énormément Ghislain Quenet d’avoir accepté de répondre à nos questions et d’avoir pu éclaircir ce concept souvent trop flou.

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2 Commentaires

  1. Bonne interview. Explications claires de ce qu’est le BIM.

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